EXTRAITS DE LIVRES | Collection

Être attaché, c’est quoi ? | #03

1 Avr 2020 | EXTRAITS DE LIVRES | Collection

Nous devons détecter l’occupation en nous, la construction d’images, de liens. Lorsque nous souffrons, c’est que nous sommes attachés.

Mais qu’est-ce que cela veut dire « être attaché » ?

C’est avoir construit un lien par le mental, s’être lié par un sentiment.

Si nous regardons profondément pourquoi nous nous attachons, nous découvrons que c’est la peur ou le désir qui en sont la cause.

Peurs et désirs sont nos prisons. Nous sommes attachés à des choses, des êtres, des situations, des envies, des idées, des images de nous, des autres, de la vie, et, comme nous ne voulons pas les perdre, nous sommes en conflit parfois avec le présent, avec ce que nous sommes.

Nous désirons un présent différent, nous nous battons contre le présent que nous avons, ou bien nous avons peur de perdre le présent que nous avons et nous vivons dans l’inquiétude, dans le besoin, le manque.

Notre aveuglement nous empêche de cesser de suivre ces mécanismes.

Tout d’abord, la difficulté vient du fait de se prendre pour le mécanisme, pour l’image, pour le besoin ou la peur et ainsi de ne pas pouvoir ni regarder en face ce processus, ni l’abandonner.

Ensuite, il se passe qu’après l’abandon arrive la peur d’être rien. Nous restons alors dans un besoin d’image, de savoir, de construction d’une nouvelle image.

Ce temps que nous ajoutons en ce « moi » est le moyen de créer une personne de plus que nous, un petit moi, un ego, ce qui ne permet pas d’être ici et maintenant, mais fait que nous vivons dans le contrôle, le connu, le savoir, l’image.

La peur que nous ressentons de ne plus suivre ce chemin-là entretient la création de ce chemin.

Il est pourtant important de le voir, de voir ce mécanisme de défense, car c’est de lui dont il nous faut nous libérer si nous voulons aimer et être libres.

Examinons maintenant comment fonctionne ce je-ego qui, alors, produit une inquiétude :
Tout ce que je fais vient d’un intérêt pour mon petit moi, je reste centré sur moi.
Je ne peux pas aimer, je cherche l’amour pour moi et la sécurité pour moi. Ainsi, je dois me protéger, je ne peux être dans la confiance, la tranquillité de l’amour inconditionnel.

En étant ainsi, je produis un monde à mon image et donc un monde de peur, où chacun pense à lui (ego), et vit pour lui (ego). La guerre est toujours là. Je peux penser aimer profondément, mais le moment où je (ego) me sens menacé dans cet amour, la haine n’est pas loin, et c’est alors la fin de la confiance.

Si j’insiste, c’est que je veux montrer cet ajout, ce temps, ce besoin de construire un connu. Car le plus souvent, la pratique spirituelle devient elle aussi un ajout.

Le « moi » spirituel, n’est qu’un moyen de plus de ne pas aller au silence et d’affronter la vie, la réalité, d’y faire face. Alors aucune sagesse ne peut se développer.

Tant que je cherche à maintenir une image de moi, des autres, à être spirituel, je reste aveuglé et souffrant. Je reste dans la peur et le désir.

Patrice Bailly