SURPRISES ! | Collection

Texte | Patrice Bailly – La peur ne permet pas d’aimer | #N12

Texte offert qui est tiré du prochain livre des pensées de l’invisible de Patrice Bailly – mai 2021

La peur ne permet pas d’aimer

Aimer, c’est la fin de la peur, c’est une présence à l’instant. Aimer, c’est un néant, c’est l’inconnu. L’ego est peur, il ne peut aimer. Il doit savoir, contrôler, maîtriser. Alors l’amour est impossible.

Et sans l’amour, pas de joie.

La peur, lorsque nous l’écoutons, nous conduit à remplir l’instant de pensées, d’actions, de bavardages, à nous protéger, nous sécuriser.

La peur d’être seul nous fait nous entourer des autres, ou bien lorsque cela est impossible, à nous entourer de bruits, de musiques, de télévision, de smartphone. Il nous faut être en compagnie, sinon c’est le vide. C’est aussi la peur d’être seul qui ne nous permet pas d’aimer les autres vraiment, car elle ne nous permet pas de les laisser partir avec amour.

Être seul, vraiment, et en paix, est difficile.
La peur monte dans la solitude.

La peur de ne pas avoir d’argent nous fait rechercher sans cesse la sécurité et faire souvent un travail que nous n’aimons pas, ou bien plus, ou nous fait travailler trop.
La peur nous met dans le stress, dans l’hyperactivité. La peur de la peur nous paralyse, la peur de notre image nous fait nous soucier constamment du regard des autres, l’ego est toujours en action à surveiller, à cogiter, alors, la présence est impossible.
La peur de demain nous rend insomniaque. La peur de la dépression nous laisse encore plus dépressif. La peur de l’état de notre corps, souffrant, tendu, le désir de le changer pour un bien être, nous fait courir sans cesse après un mieux être. La peur de la mort nous empêche de vivre.

Pour de nombreuses personnes, c’est la peur qui anime leur envie de spiritualité. Ces personnes pensent que la spiritualité sera un moyen de ne plus avoir peur grâce à un enseignement, à des mots, un satsang, un stage, à quelque chose qui vient du dehors. Alors, pour un instant, comme elles ne sont pas seules, qu’elles sont entourées, en compagnie, elles se sentent rassurées, et certaines iront même dès la semaine d’après à se proclamer maître spirituel. Pourtant, tout cela n’est pas affronter la peur, le désir. Il y a bien quelque chose à faire devant ce que la vie nous donne, et cela ne peut être réaliser que par soi-même.

Lorsque l’on regarde de prêt la vie des grands maîtres, on voit chez eux, à un moment, qu’ils vont pendant une longue période, affronter cette peur. Ils vont apprendre à ne plus avoir peur, pour aimer. On le voit par exemple chez Etty Hillesum qui va choisir de se préparer à la mort et à ne plus avoir peur qu’elle vienne. Cette décision lui apporte la paix. On le voit chez Ramana qui va s’asseoir devant la mort et attendre puis pratiquer de longue année seul dans une grotte. Ce chemin qu’ils font, n’est pas abstrait, c’est eux-mêmes qui ont réalisé ce chemin.

Vous comprendrez donc sans doute, que nous sommes loin ici d’enseignements comme la néo-advaita, ou d’un simple atelier de méditation, ou de yoga, ou encore d’un travail purement mental qui rassure, qui occupe, ou l’on va poser des questions comme un curieux sans jamais rien affronter, rien changer. Ou bien, d’une activité qui nous donne un genre, grâce à laquelle l’ego se sent supérieur car il vole dans les sphères de l’amour. Alors que pour aimer, c’est justement cet ego qui doit être détruit.

Et l’on voit que cet ego disparaît lorsque l’on regarde les choses en face, que l’on fait face, en commençant à faire face à la peur.
Car il ne s’agit pas de lutter contre quelque chose, sans quoi elle s’amplifie. Mais d’y faire face.

Faire face n’est pas mental, faire face n’est pas l’orgueil, mais votre Soi qui regarde la peur sans peur, la solitude sans peur, le vide sans peur, la mort sans peur, les émotions, la situation, la dépression, la maladie, le ciel, les oiseaux, la mer, la faim, la richesse, la pauvreté. C’est cela la non-dualité. 

C’est ce qui embrasse tout.

On voit très bien, lorsque l’on fait cela que ce qui revient avec la peur, c’est « je », l’ego. Et lorsque l’on repart dans cette peur, alors on n’aime pas, on n’est pas présent.

Bien sûr nous pouvons éviter la peur en nous rassurant avec des autres, un travail, des médicaments, nous pouvons nous tranquilliser en demandant de l’aide, en demandant aux politiques, à notre famille, à un aidant, de nous rassurer, et croire pour un temps à ce qu’ils nous disent. Mais dans le fond de nous, nous resterons dans la peur. De plus, nous resterons en prison.

Pour être libre, il faut se libérer de la peur. Ce n’est pas théorique, c’est une épreuve de courage, de cœur, d’amour. C’est la voie spirituelle, et ce n’est pas si facile.

Il faut le pratiquer avec patience et détermination. Comprendre que la peur est un ego, du mental « moi » et qu’elle ne permet jamais d’être présent, donc elle ne permet pas d’être dans l’amour, la paix.

Un très beau livre sur tout cela est celui d’Osho, « Le Courage ». Mais un livre reste un livre. Il est facile de dire de belles choses, des mots spirituels, mais être sans peur demande de le mettre en pratique, et cela est une autre histoire. Patrice