SURPRISES ! | Collection

Texte | Patrice Bailly – TOUT EST DIEU ! | #N11

Texte offert qui est tiré du prochain livre des pensées de l’invisible de Patrice Bailly – mai 2021

TOUT EST DIEU !

DEVIENS TEL UN ENFANT
RENDS-TOI SOURD ET AVEUGLE !
TOUT TON ÊTRE
DOIT DEVENIR NÉANT ,
DÉPASSE TOUT ÊTRE ET TOUT NÉANT
LAISSE LE LIEU, LAISSE LE TEMPS,
ET LES IMAGES EGALEMENT !
SI TU VAS PAR AUCUNE VOIE SUR LE SENTIER ÉTROIT,
TU PARVIENDRAS JUSQU’À L’EMPREINTE DU DÉSERT.

Maître ECKHART : LE GRAIN DE SÉNEVÉ.

Le travail de sabotage du mental est simple.

Il vous projette à l’extérieur de vous et vous lance dans des recherches sans fin sur la voie, sur la vie, sur l’avenir, sur l’amour, sur demain, sur hier, sur ce que vous êtes, sur vos qualités, sur votre avenir, sur absolument tout.

Puis, il se désole, ne trouvant rien qui apporte la paix.

Il se trouve qu’il est l’élément clé qui brise la paix.

Il s’épuise, puis, une fois qu’il a repris ses forces, il recommence.

Cela ne se termine jamais, tout simplement, parce que cela n’est qu’une histoire au dehors de vous.

Cette histoire vous entraîne dans sa danse et vous fait souffrir de ne jamais véritablement vous trouver.

C’est une folie pure, vraiment ! Car en faisant cela, nous troublons la paix que nous sommes, nous essayons de nous trouver en prenant un chemin illusoire.

Les personnes qui vous donnent un chemin, qui vous aident, vous conseillent, ne font que vous éloigner toujours plus de la réalité. Vous vous y attachez car vous voulez rester dans le connu, et elles vous en donnent. Vous voulez un chemin, et elles vous le donne. Avec ce chemin, vous resterez en enfer, à moins un jour de l’abandonner.

Le Dieu dont elles vous parlent, elles ne l’ont jamais croisé. C’est un Dieu au -dehors d’elles, une illusion, des mots sans consistance.

Réaliser Dieu, c’est savoir que jamais le mental ne pourra parler de Dieu. C’est un silence et une acceptation de Dieu. C’est voir Dieu en toutes choses. Comment alors proposer un chemin jusqu’à celui qui est tout. Qui ira jusqu’à Lui ? Qui ? Vous êtes déjà Dieu. Tout est Dieu.

Que pouvez-vous alors attendre ? Dieu peut-il aller à Dieu ?
Ne voyez-vous pas que les spécialistes de Dieu ne sont que des menteurs ?
Ne voyez-vous pas qu’ils proposent un chemin à Dieu pour aller à Dieu.

La question est simple et directe.
Qui ?
Qui provoque la question ? Qui cherche ?
Quelle est la source du mental ?

Sans vous, rien ne serait possible. Mais pourtant, vous allez continuer à chercher, à penser, à vouloir trouver un sens à la vie, vie que vous êtes.

Il est certain que trouver Dieu produit un silence, car le Trouver, c’est Vous trouver, alors la recherche cesse. Toutes les recherches cessent, les besoins et les peurs. En attendant, la souffrance est là pour vous indiquer que vous êtes au mauvais endroit. Cette souffrance, c’est Dieu lui-même qui se la donne pour se trouver.

Pour terminer ce texte, des extraits de :

1. Le chercheur doit se méfier des beaux parleurs ! par Siddharameshwar. Extrait provenant du site « tout par amour. »

« Celui qui cherche ne connait pas sa propre Nature qui est pure Conscience et il erre dans la jungle. Plutôt que de désirer la connaissance il faut être centré en soi-même, sans cela on ne pourra jamais Réaliser le Brahman. »

Un idiot voulait savoir ce qu’était le sommeil. Chaque fois qu’il s’assoupissait lui venait cette pensée : « Ah maintenant je vais enfin saisir le sommeil ! » et il se frottait les mains. Cela avait pour conséquence de le réveiller complètement et après de multiples tentatives, le pauvre homme, totalement épuisé, abandonna tout effort pour saisir le sommeil. Le processus est le même dans la tentative de saisir le Brahman, quand on abandonne tout effort pour le connaître on devient Brahman lui-même. »

« Dieu réside également dans l’âne mais ce ne serait que mauvaise plaisanterie à l’égard du suprême que de prier devant un âne les mains jointes. Serait-il heureux que vous le priez ainsi ? Pour honorer réellement le Dieu qui s’est manifesté dans l’âne il est préférable de lui donner de l’eau et de l’herbe bien verte.  Pour être pleinement satisfait chacun doit recevoir ce qu’il désire. Le serpent et le scorpion sont également Dieu mais les honorer consiste à les garder à distance. »

« Les remèdes prescrits par les écritures ne sont qu’obstacles ! Vous seul pouvez voir par vous-même comment atteindre le sommet. »

2. Ce sermon est extrait du  recueil complet du maître Zhongfeng et traduit par Éric Rommeluère animateur du site : un zen occidental.
Zhongfeng Mingben (jap. Chûhô Myôhon, 1263-1323) est un maître zen chinois qui revitalisa l’école Linji (jap. Rinzai) à la fin du XIIIe siècle. Il aimait la vie solitaire  et  la  pratique  rigoureuse.  Ses comportements excentriques sont restés  célèbres.  Il eut  de  nombreux  disciples  issus de toutes  les  classes sociales.  Il attira  également  de  nombreux  moines japonais (dont le célèbre Jakushitsu Genkô, 1290-1367).

« Vous ne pourrez jamais comprendre le bouddhisme ! Vous ne pourrez jamais vous échapper de la vie et de la mort ! Nos corps ressemblent à la flamme d’une bougie vacillante dans le vent, à des étincelles jaillissant de la pierre. Même si vous pratiquiez à chaque instant comme si votre tête était en feu, vous ne serez toujours pas capable de résoudre totalement cette affaire. Vous n’avez aucune raison d’agir dans l’impatience et à l’aveuglette. Insouciant et confus, en moins d’un instant, vous aurez déjà atteint l’âge de quarante ou de cinquante ans…

Pour vous, qu’est-ce que le bouddhisme ? Même si le plus intelligent des hommes écrivait d’impeccables et d’irréfutables commentaires sur l’ensemble des sûtras, des kôans ou des classiques, il s’affairerait toujours à l’extérieur de la porte. Lorsque ces brillantes personnes parlent du dharma, elles paraissent souvent éveillées. Et pourtant, confrontées aux évènements de la vie réelle, elles sont perdues.

Il a toujours été dit que vous ne pourrez jamais comprendre cette affaire ! Plus vous voulez la comprendre et plus vous allez à son encontre.

En entendant cela, ne donnez pas une réponse conceptuelle, en pensant que vous pourriez entrer dans une dimension où les autres n’accèdent pas et que vous y trouveriez quelque chose de vivant. Hélas ! Tout ce qui surgit en vous n’est rien d’autre que l’illusion de vouloir comprendre cela.

Seuls ceux qui ont cultivé des racines profondes de foi, qui veulent sincèrement chercher en eux-mêmes jusqu’au véritable éveil peuvent s’occuper de cette affaire. Mais s’ils s’agrippent à l’idée de s’en occuper, ils ne l’obtiendront toujours pas. C’est pourquoi un ancien enseignement dit : « Même si un monde rempli de personnes aussi avisées que Shâripûtra se rassemblaient et tenaient un débat, il leur serait toujours impossible de pénétrer la sagesse du Bouddha. »

De nos jours, il existe des gens qui vont de-ci de-là proclamant qu’ils connaissent et prônent une méthode particulière de s’exercer. Ces personnes sont comme ceux qui prennent une peau d’orange pour du feu. Ils affirment qu’ils savent ce qu’est le bouddhisme et demandent qu’on les respecte. Quel bien pourront-ils vraiment obtenir ?

J’ai pratiqué pendant plus de trente ans et je n’ai toujours pas intégré le bouddhisme. Voilà pourquoi je reste toujours modeste et rempli de honte. Je n’ose accepter la position d’un Maître si cela se présente. Lorsqu’on dit de bonnes choses à mon propos et que des offrandes généreuses me sont faites, je les vois comme des flèches empoisonnées frappant mon esprit. Je les ai fuies sans succès. Il ne fait aucun doute que tout cela provient de mes conditions karmiques accumulées tout au long de mes vies antérieures. Il s’agit de la source même de l’illusion, non la conséquence de ma vertu sur la voie.

Tant de gens prétendent être sur la Voie, et pourtant, quand ils sont confrontés à un presque rien qui va à l’encontre d’eux, l’ignorance les saisit, et leurs manières d’être habituelles se perpétuent. Ils laissent leur esprit se déchaîner et manifestent des actes malveillants. Ils utilisent ce qu’ils appellent la justice pour blesser autrui, bousculant tout un chacun. Ils ne savent pas que, depuis toujours, leur soi- disant justice est enchaînée à l’ignorance. Pas une seule fois, cette justice ne leur a permis de laisser émerger un véritable esprit sur la Voie. Ils n’ont même pas fait attention que leur justice est si nauséabonde que tous se bouchent immédiatement le nez.

Vous ne pourrez jamais vous échapper de la vie et de la mort ! Cette grande affaire de la vie et de la mort est en vous. Elle colle à votre peau et à vos os, instant après instant, sans jamais céder. Pendant d’innombrables kalpas, vous avez épuisé tous les stratagèmes, mais votre esprit ne s’arrête ni ne se repose jamais !

Vous avez fait de grands vœux, encore et encore, prenant à témoin des milliers de bouddhas et d’innombrables maîtres et patriarches. Poursuivant dans cette voie, vous avez une nouvelle fois, en cette vie, quitté votre maison pour devenir un moine avec les trois robes, vous appelant un homme de la Voie. La vérité, c’est que vous n’êtes toujours pas capables de transpercer tout ce qui apparaît devant vos yeux. Chaque événement fait bouger votre esprit. Tout ce que vous faites ne fait qu’ajouter au nœud de la vie et de la mort qui vous en enserre et vous conduit à trahir votre aspiration fondamentale à devenir moine.

Si vous vous comportez de cette manière confuse et désespérée, et même si vous consacriez des milliers de vie à l’exercice, vous ne ferez que renforcer la roue du karma sans la moindre possibilité de profit.

Vous devez savoir que tous les êtres sont liés et fortement ligotés et que vous ne pouvez rien faire. Si vous n’avez pas la capacité de vivre en communauté, vous pouvez aussi laisser tout de côté pour aller vivre dans un ermitage au toit de chaume. De cette façon, vous pourrez passer votre existence dans la solitude totale, vivant d’aumônes avec une robe de pièces cousues, occupé exclusivement à votre propre libération. Au moins de cette façon,  vous n’endommagerez pas le territoire d’autrui, à la manière d’un impudent qui n’a aucune humilité.

C’est pourquoi je dis que vous ne pourrez jamais comprendre le bouddhisme et que vous ne pourrez jamais échapper à la vie et la mort !

Si vous ne pouvez pas comprendre ou fuir cela, pourquoi ne pas tout simplement vous établir au lieu de l’insuccès ?

Ne vous inquiétez pas si cela doit prendre vingt ou trente ans. Lorsque d’un coup, vous pénétrerez dans ce lieu de l’insuccès, vous verrez que je ne vous aurai pas trompés. »